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édito

23/09/2015

Volkswagen et les Bisounours


par Patrick RENZI

La presse intentionnée se déchaine, les politiques sont en émoi, les industriels effarés, les boursicoteurs déprimés et les clients désemparés… Rendez-vous compte, le futur ex n°1 de l'industrie automobile mondiale a failli, menti, merdé… C'est grave, Docteur?



C'est ni plus ni moins que la vie usuelle des industriels que de détourner ce qu'ils peuvent entrevoir des lois et réglementations pour caresser leurs actionnaires affamés dans le sens du poil. Rien de nouveau, sauf que le scandale provient des puritains "Etats-Unis", des hommes et des femmes au dessus de tout soupçon… enfin presque. Adulé hier, voilà que pour quelques grammes de CO² virtuellement détournés et quelques chevaux anémiés, l'ogre allemand se voit détesté, floué, calomnié, jugé et bientôt enterré. Triste destin.
 
Mais quel est donc ce monde Bisounours dans lequel les clients et les commentateurs jouent avec beaucoup d'aplomb le rôle de jeunes filles effarouchées? Quelles sont donc ces personnes qui se sentent trompées, alors que tout est fait, depuis des lustres, pour satisfaire les tendances de leurs exigences? La mode est au bio, à l'écologie, au plus blanc que blanc? Et chacun de feuilleter les pages des catalogues pour dénicher le véhicule qui sera le plus vertueux? Louable intention, mais ces clients sont-ils si niais pour croire à ce point qu'un modèle puisse corresponde pile poil aux caractéristiques du catalogue? C'est bien mal connaître les affres de la mécanique et de ses lois physiques.
 
Je me suis toujours interrogé sur l'empathie des consommateurs vis-à-vis des industriels de quelque nature que ce soit, des produits bio des étals de grandes surfaces, des promesses délirantes que l'on croise ici et là chez les arnaqueurs du net? Crédulité avouée ou cécité chronique? Le syndrome de l'autruche.
 
L'insolent Volkswagen était à 2 doigts de devenir n°1 mondial au détriment du nippon Toyota. L'arrogance teutonne nauséabonde inondait les allées de Francfort. La suprématie de l'industrie allemande irritait le monde entier au point de provoquer des jalousies assassines. Angela Merkel était devenue une donneuse indigeste de leçons. Plus que jamais le "Deutschland über Alles" était proclamé au nom du "Made in Germany" devenu référence. C'était avant.
 
Tout cela interpelle le trublion qui m'anime, mi agitateur, mi poil à gratter. Coïncidence de faits, opportunité politique, scandale économique, règlement de compte ou coup de poker financier? Une foule de questions déferlent sur ma souris elle aussi très malicieuse… Le poids des mots.
 
Volkswagen est-il le seul constructeur à user du subterfuge avoué pour tromper quelques dosages finalement anodins? Le phénomène est-il réservé aux seules 11 millions de voitures ciblées ou se peut-il que tout ou plus large partie de la production VW soit impactée du même "virus"? Et VW intégrant le Groupe Volkswagen fort de ses 11 autres marques célèbrissimes dont Audi, Bentley, Bugatti, Lamborghini, Porsche, Seat, Škoda… est-elle la seule marque de la nébuleuse touchée par ce logiciel irrévérencieux? Les principaux actionnaires du Groupe ont-il trouvé là, une solution sans appel pour éliminer le très contreversé PDG Martin Winterkorn?  La fuite ne proviendrait-elle pas de Ferdinand Piech démissionnaire en avril dernier… ou d'un de ses amis bien intentionnés? Sans parler des adeptes du géant vert qui verraient d'un bon œil la disparition du diesel? Enfin, plus largement, dans la mesure où les sous-traitants des uns sont souvent communs aux autres, quid des concurrents qui ne vont probablement pas tarder, si ce n'est déjà fait, à passer des nuits blanches? Car personne n'est pas près de savoir qui a fait quoi. Seuls, quelques lampistes sauteront à la corde… pour le fun.
 
Alors quel sens donner à cet épiphénomène industriel et commercial qui peut déboucher à terme sur un tsunami économique et social dont personne ne peut anticiper les conséquences dramatiques. Une sorte d'effet nucléaire.
 
A remuer la merde, on ne purifie pas les caniveaux. Si la démarche Volkswagen peut sembler scandaleuse, elle n'est pas plus outrageante que d'autres. Le milieu de l'industrie n'a rien à voir avec le monde des Bisounours. Et je reste songeur dans l'attente d'informations qui ne manqueront pas de venir abonder l'abreuvoir.
 
Hier, les adeptes de la Golf ne voyaient que par elle et étaient satisfaits de leur monture. Pourquoi voulez-vous que quelques lignes de code judicieusement programmées à leur insu viennent à ce point, entamer durablement leur capital confiance? Ce serait stupide, car le produit reste le même, avec les mêmes qualités… et les mêmes défauts. Et le cas est le même pour tous les catalogues qu'ils soient VW ou autres.
 
L'informatique a ses mystères, les voitures sont devenues des ordinateurs puissants, élaborés, et pour être un brin taquin, à vouloir laver plus blanc que blanc, à exiger des voitures toujours plus propres, à choisir en fonction du C0² émis, des décilitres de carburant consommés ou des puissances affichées, on perd l'essence même du plaisir automobile. La voiture n'est pas un objet de consommation comme les autres. Elle vit, donne des sensations, rend des services, partage vos loisirs, agrémente vos vies, accompagne vos joies, vos peines. C'est vous, clients qui avez creusé la tombe de la vertu automobile en exigeant l'impossible. Pour vous satisfaire et suivre vos tendances, vos modes, les constructeurs vous vendent des voitures affublées de moteurs downsizés, de boîtes longues, si longues, d'artifices dynamiques et de gadgets marketing avec à la clé des caractéristiques techniques normées séduisantes, le tout pour un tarif de plus en plus mensualisé… Pour quelques euros en plus… On connait la chanson.
 
Heureux clients qui avez cru acheter le rêve tout en préservant conscience et environnement… sur le papier. Car il ne vous a pas échappé  que dans la vraie vie, il en est tout autrement.
 
Alors, prenez le temps de méditer cet humble conseil. Au lieu de monopoliser votre esprit sur des données techniques qui, de toutes manières, seront virtuelles et fantasques,  retrouvez le vrai plaisir de l'automobile. Achetez une ligne, un caractère, un moteur, un confort, un équipement, ce qui vous plait et laissez tomber ces fichus grammes de CO² qui polluent les esprits et ne protègent rien d'autres que les profits de leurs inventeurs.
                                                                                        
 

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