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17/02/2015

Rétromobile 2015

Les dérives de la passion


par Patrick RENZI

Nul ne contestera le fait que le crû 2015 de Rétromobile restera parmi les plus magiques de tous. Il est vrai que pour sa 40ème édition, les organisateurs avaient mis les petits plats dans les grands. Au final, ce seront 119000 visiteurs qui viendront admirer les 500 véhicules exposés sur les 46000m² du Hall 1 du Parc des Expos Porte de Versailles. Mais par ces temps incertains où investisseurs et spéculateurs délaissent quelques places boursières pour chasser de nouveaux profits, il est important de savoir raison garder… et ne pas succomber aux charmes des dérives mondaines… Car à faire n'importe quoi, on tue la poule aux œufs d'or.



119000 visiteurs seront venus fouler le sol de la Porte de Versailles pour ce 40ème Rétromobile.
119000 visiteurs seront venus fouler le sol de la Porte de Versailles pour ce 40ème Rétromobile.
Pour nous les vrais amoureux de voitures anciennes, le plaisir se situe à chaque allée, sur chacun des 450 stands, qu'ils soient clubs, associations, constructeurs, fédérations, vendeurs de pièces détachées ou de miniatures, restaurateurs, marchands. Du moment que l'on y décèle la passion dans les regards et l'admiration dans les propos, nous sommes rassurés quant au devenir de l'automobile que beaucoup d'écolos décrépis voudraient voir remisée au rayon des antiquités. Secrètement, tel un cancer qui s'étendrait bien au-delà du crédible, la verdouille se mobilise, gagne du terrain. Bientôt si personne n'y prend garde, les beaux défilés de voitures anciennes n'auront plus droit de cités, Paris en tête où cette pauvre Hidalgo ne sait pas quoi inventer pour emmerder son monde.
 

Il y a 50 ans, la 204 allait sauver le lion sochalien englué dans son conservatisme légendaire.
Il y a 50 ans, la 204 allait sauver le lion sochalien englué dans son conservatisme légendaire.
La passion d'un côté, la spéculation de l'autre, tout cela ne fait pas toujours bon ménage. Les prix s'envolent et on voit ici et là des montants irréels plus proches de l'insolence utopique que de la réalité économique. En bluffant le marché à grands coups de dollars, les spéculateurs eux-mêmes sont en train de scier la branche sur laquelle ils se pavanent. A tel point que, même dans le monde moins huppé des Youngtimers, chacun croit posséder sa pépite. Une 2CV ici, une R16 là, plus loin une 204, une 604 ou une DS, les petites annonces regorgent de prix farfelus. Disons le tout net, la passion doit faire une place à la raison et il est bon ici de préciser que tout le monde n'a malheureusement pas dans sa grange ou son garage une Royale, un 300 SL ou une California…
 

Les superlatifs ne sont jamais assez forts pour qualifier la Bugatti Royale.
Les superlatifs ne sont jamais assez forts pour qualifier la Bugatti Royale.
Essayons de ne pas bouder pour autant notre plaisir des sens et arpentons la nostalgie à grands renforts de souvenirs. La Cité de l'Automobile de Mulhouse (Musée Schlumpf honteusement phagocyté et volé par des pilleurs démoniaques) avait fait l'effort de mettre à disposition les trois gigantesques et magnifiques Bugatti Royale (Coupé Napoléon, Limousine et Roadster), tandis que Pegaso, véritable symbole de la reconstruction de l'Espagne d'après-guerre exposait 14 des 84 modèles fabriqués entre 1951 et 1956. On passera rapidement, car on ne voit pas aucun intérêt dans la présence du Tigre Royal et de l'AMX 30 prêtés par le Musée des Blindés de Saumur qui à mon sens, n'avaient pas leur place dans ce salon. En revanche, les stands Renault, Peugeot et Citroën qui fêtaient les 40 ans de la 604, 50 ans de la 204 ou de la R16 ou encore les 60 ans de la DS et de la 403, ont comblé de bonheur les plus nostalgiques d'entre nous, un temps où la liberté de vivre, de penser et de rouler était encore de ce monde et où le prophète ne coupait pas les cheveux en quatre.
 

Coup de chapeau confraternel à nos amis de Youngtimers qui ont su rendre un bel hommage à Matra et son illustre patron.
Coup de chapeau confraternel à nos amis de Youngtimers qui ont su rendre un bel hommage à Matra et son illustre patron.
Nos confrères de Youngtimers avaient eu la bonne idée de rendre hommage à Matra et à son illustre patron. Matra, nous ne le répèterons jamais assez, a été sabordé par l'Etat français et par Renault, poussé à la cessation d'activité et les doutes quant à la nature du décès de Jean Luc Lagardère n'ont jamais été levés, personne ne croyant à la version officielle. Encore une de ces sales affaires qui ont jalonné l'histoire de l'industrie française et de sa République bananière. Bref, profitons de l'occasion pour saluer la M530, la Rancho, les Bagheera et Murena dont les 3 places de front, la carrosserie polyester étaient une révolution. Pour un peu, je passais à côté du fabuleux Avantime que Renault n'a jamais été fichu de vendre correctement et de l'Espace qui donna bien du grain à moudre à tous les constructeurs. C'était aussi cela Matra, l'innovation, le génie, la gagne, le bleu blanc rouge.
 
Parmi les constructeurs, pour marquer ses 120 années d'existence, le tchèque Skoda exposait la 966 Supersport de 1950 déjà présentée dans nos colonnes, le coupé 110R de 1970, la Popular Monte Carlo de 1936, tandis qu'Alpine faisait belle figure (60 ans déjà et autre grand massacre de Renault) avec 3 modèles mythiques dont la première Alpine, l'A110 Interlagos et la fabuleuse A610… Souvenir quand tu nous tiens!...
 

2 010 850 € pour ce coupé Maserati Gran Sport Frua Clés en mains.... enfin presque !
2 010 850 € pour ce coupé Maserati Gran Sport Frua Clés en mains.... enfin presque !
Au total, de bien belles sensations, de bien jolis moments où l'on se prend à rêver d'hier et d'avant-hier, tout en imaginant demain. Chacun des visiteurs y a trouvé de quoi satisfaire ses appétits, ses attentes, ses désirs, parfois plus quand affinités et tous les exposants n'ont eu de cesse de gratifier la qualité de l'organisation qui a su donner à ce Salon Rétromobile une stature européenne.
 
Pour conclure, un regard un brin amusé sur le spectacle son et lumière consacré à la vente des reliques en dentelle de la Collection Baillon… dont les résultats nous laissent pantois… 59 voitures pour un total de plus de 25 millions d'euros… dont 14.2 millions pour la seule Ferrari California… Du grand n'importe quoi! Il suffit qu'un marteau s'affole sur une Ferrari, une Hispano-Suiza, une Maserati pour que les spéculateurs bandent façon DSK. Quid du vrai collectionneur dans cette hérésie où le profit est roi? Il faudra bien un jour, ouvrir le débat. Quand le songe laisse rêveurs les spectateurs ébahis que nous sommes face à tant d'incrédulité…
 


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Tags : retromobile
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