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nostalgie

15/10/2018

Renault Dauphine

le coup de génie de l'île Séguin


par Patrick RENZI

Juillet 51... A l’heure où les braves ne vont pas tarder à rejoindre leurs pénates, Pierre Lefaucheux, patron de la Régie de Billancourt, vient de prendre la décision de lancer un nouveau modèle. Alors que près de 600 4CV quittent l’Ile Seguin chaque jour, ce patron visionnaire sait que la destinée de Renault passe par un projet plus abouti, plus en phase avec une économie d’après guerre qui se ressaisit, avide de consommer. Plus grande, plus cossue, plus confortable et plus performante, la nouvelle Renault devra être capable de franchir les 115 km/h tout en consommant moins de 7 litres aux cent. Tout est dit.



Le projet 109 va évoluer dans un secret relativement bien gardé. L’équipe a l ‘habitude de ce genre de prouesse. Ils se sont tous rôdés avec la 4CV. On se rend aux Etats-Unis, on visite le centre technique de la GM, et on en tire les conséquences. Des tests de fiabilité sont faits sous plusieurs climats extrêmes, on crée une piste d’essais et on fait aboutir le proto 109 en R1090. La nouvelle Renault est née. Prenant la suite de la 4CV, reine du marché, elle portera le doux nom de Dauphine et révolutionnera le monde automobile. Pierre Lefaucheux perdra la vie au volant de sa Frégate en février 55. C’est un certain Pierre Dreyfus qui prendra la relève avec le succès que l’on sait.
La Dauphine sera présentée le 6 mars 56 à Chaillot. La Presse sera conviée en Corse. Les échos favorables et l’accueil des clients vont ravir les commerciaux de la Régie Renault. Un succès qui ne se démentira pas et qui confortera le constructeur au losange dans sa position de producteur d’automobiles mondial.

La voiture est élégante, belle et fluide, en rupture totale avec la production du moment. La planche de bord, en plastique, peut recevoir sur option un auto radio. Un blason sera spécialement dessiné pour la belle. Les ingénieurs de Renault ont apporté beaucoup de soins dans la conception finale de la Dauphine dont les garnitures intérieures sont assorties aux teintes proposées. Les sièges avant sont réglables alors qu’une banquette accueille les passagers arrière dans un confort inconnu jusque là sur ce type de véhicule.
La Dauphine va rapidement devenir un mythe et le prétexte à des évènementiels de tout premier plan. Dès octobre 56, la Dauphine sort des chaînes au rythme de 600 unités/jour et ce chiffre grimpera à 1400 dès l’année suivante. Le réseau se structure pour diffuser la petite Renault. On compte alors en France plus de 3600 agents de la marque et 7 sites d’assemblages sont installés à l’étranger. Même la Reine Elizabeth d’Angleterre et le Prince Philip viendront visiter l’usine de Flins. La Reine conservera longtemps sa Dauphine offerte par la France pour voyager dans Londres incognito...

Les chiffres de production s’envolent et les améliorations commencent à remettre à jour le fleuron de Billancourt. Equipements revus à la hausse, améliorations techniques, tout est bon pour maintenir la Dauphine sur la première marche des podiums.
En 1958, alors que la 4CV franchit son million d’exemplaires, Renault fait appel au sorcier Gordini pour dynamiser le moteur de la Dauphine. Ce n’est là que le début d’une longue et fructueuse collaboration qui permettra à la Dauphine et à d’autres d’aller piocher dans le bocal à vitamines pour doper les performances des Renault. Les millésimes se suivent. Les teintes et les garnitures évoluent. Et puis ce sera l’aventure américaine. La traversée de l’Atlantique va permettre à la Régie d’être présente sur un sol qui lui sera toujours hostile. Aerostable en 1960, ses déclinaisons de carrosseries seront multiples. L’Ondine apportera une variante luxueuse à cette incontournable populaire qui brillera aussi sur les terrains de la compétition auto. La Dauphine terminera son règne en 68 après 2252267 voitures assemblées à Flins et plus de 16000 autres à l’étranger.
Dauphine, Gordini, Automatic, 1093, Ondine, cette Renault populaire née de la vision futuriste d’un homme a tout connu, y compris 4 freins disques (une première!). Elle a tracé le chemin de l’automobile moderne en montrant et en explorant de nouvelles voies. Pourquoi diable, la Vel Satis est-elle aussi moche ?

 

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