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25/08/2015

Guy Ligier

l'apprenti aventurier

par Patrick RENZI

Guy Ligier arpentait encore en juin les allées des 24 heures du Mans et confiait volontiers les projets qu'il avait… pour demain… Hélas, l'ami Guy vient d'abandonner à 85 ans et fait son dernier tour de piste, après une vie globalement vouée à l'automobile et au sport auto.



Photo Frédéric LE FLOC'H / DPPI
Photo Frédéric LE FLOC'H / DPPI
Touche à tout, apprenti boucher, puis entrepreneur de BTP, champion d'aviron, rugbyman, compétiteur moto, ce n'est que vers la fin des années 50 que Guy Ligier se tourne vers le monde du sport automobile lors des Coupes parisiennes.  Il court en F2 dès 1964,  remporte le GP d'Albi en 65, devient champion de France des Rallyes en 66 et atteindra la F1 sans grand succès. La mort tragique de son ami Jo Schlesser lors du GP de France 68 le stoppera dans son élan de pilote, même s'il retrouvera les circuits en 1970 lors des 24 Heures du Mans où il pilotera sa propre voiture, une JS1 (en hommage à son ami Jo Schlesser). Mais l'auto n'est pas une réussite et Ligier devra revoir sa copie.

En fait, c'est la splendide GT qu'il baptisera JS2 qui le consacrera constructeur automobile. Lignes superbes, pleine de charme et d'élégance, on y retrouve un V6 Maserati très à la mode à l'époque puisque déjà installée sous le capot de la SM… C'était le temps où les chevrons avaient de l'envergure, Maserati faisait partie du giron Citroën… En 1971, Ligier présente la JS3, une barquette animé du V8 Cosworth. La JS3 fera nettement mieux que de la figuration sur les courses où elle est engagée sans pour autant atteindre les sommets. Ca commence à sentir le roussi pour le tonitruant Guy Ligier qui va profiter d'une réelle opportunité. Malin, le Guy…

Nous sommes en 74. Si la JS2 remporte le Tour Auto, c'est surtout l'arrêt de Matra en compétition qui va offrir le budget du cigarettier Gitanes (SEITA) sur un plateau. Merci Beltoise… Gros budget et donc grande bouffée d'oxygène pour Ligier qui va sérieusement entrouvir les portes de la F1 avec une JS5… en projet.

La belle aventure de l'Ecurie Ligier débute en 1976. Là, il entre de plein pied dans la cour des grands du Championnat du Monde de F1. Jean-Luc Lagardère, le célèbrissime patron de Matra fournira les V12 ainsi qu'un certain Gérard Ducarouge et quelques hommes. Chez Matra, on est rôdé pour la compétition et la JS5 aura de sérieux gênes issus de Vélizy. Côté pilote, tout le monde pense à Jean-Pierre Beltoise sans qui le budget Gitanes n'existerait pas. Mais, Beltoise est en concurrence avec un jeune loup qui vient de gagner le Championnat européen de F2. La sanction du Paul Ricard sera sans appel et c'est Jacques qui officiera. Bye Bye Jean-Pierre. Un monde de brutes, je vous dis….Laffite attendra 1977 pour remporter son 1er GP, ce sera en Suède… 1ère victoire franco française (pilote, voiture, moteur) depuis 1950… L'écurie Ligier tiendra la corde jusqu'au début des années 80 et grâce aux amitiés accompagnées de ce qui va avec, qui lient Guy et le nouveau Président Mitterrand, vaille que vaille, les saisons se poursuivront une dizaine d'années.

C'est dans ces années 80 que j'ai rencontré Guy Ligier ici et là. Vichy était son fief, sa terre natale. C'est là qu'il oeuvrait entre le sport auto et ses voiturettes pour lesquelles il rageait de ne pas pouvoir me communiquer l'utilité et le bon goût. D'ailleurs y croyait-il lui-même? Cela ne lui ressemblait pas. Guy était un aventurier multi tâche avec pour toile de fond, le sport auto et ses obscures nébuleuses. Un piège à crabes dans lequel bouffer l'autre est une quasi nécessité si l'on veut survivre. Guy était un caractère et ses coups de gueule étaient sans appel. Il savait aussi séduire le quidam, même sans raison. Il était tout à la fois. Il se félicitait d'avoir cédé son écurie à temps. Il savait qu'il n'avait plus les moyens de ses ambitions. Il avait gardé les pieds sur terre, lui, l'homme de son terroir. Auprès de lui, j'ai appris quelques ficelles. Merci Guy. Vous resterez pour moi, un sacré bonhomme doublé d'une large plage d'ombre. Une sorte d'énigme…
 
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Tags : ligier

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