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reportages

15/03/2014

Genève 2014

l'ombre chinoise

par Patrick RENZI

A l'heure où l'Europe bat de l'aile et que la Suisse joue de plus en plus les trublions du Vieux Continent, c'est la Chine qui brille de tous les feux au point d'attirer tous les investisseurs du monde entier. Plus que les Emirats pour qui rien n'est assez grand, plus que le Qatar aveuglé par le reflet de ses dollars, la Chine, sous ses airs de ne pas y toucher, a su galvaniser son économie et dicter les indices des bourses les plus huppés.



Un comble me direz-vous, pour cette République populaire, mais une réalité. Cela fait longtemps que le péril chinois a été annoncé. Alain Peyrefitte l'écrivait il y a plus de 40 ans et tout le monde a laissé faire. Qui aurait pu croire que la Chine si arriérée dicterait un jour la loi à la finance mondiale.

Et pour l'automobile comme pour le reste, la Chine est un marché à elle toute seule. Pas la peine d'aller perdre son temps sur des cibles extérieures où la rigueur des étoiles côtoie les infamies écologiques. La Chine, aujourd'hui, c'est 1.5 milliard d'habitants et 250 millions de voitures… de quoi faire jouir la plupart des constructeurs du monde entier qui se bousculent au portillon de Mao pour tenter de faire contre bonne fortune mauvais cœur. Mais la sagesse de l'Empire du Milieu impose à ces apprentis sorciers de baisser pavillon et d'épouser sans détour, les règles que fixent Pékin.

Car outre le fait d'adosser à chaque implantation étrangère des partenaires chinois, il est de bon ton de laisser à la douane toute velléité écologique peu appréciée, d'enrubanner les produits d'un parfum élitiste où la performance et le luxe demeurent les meilleures fragrances locales. Ce marché atypique n'a pas vocation, pour l'heure, à jouer les économies d'échelle. Il faut donner envie, développer l'ambition, atteindre l'éden, toujours plus haut, toujours plus grand, toujours plus fort.

La Chine, d'une manière ou d'une autre, a su investir plus que de raison en Afrique où elle règne déjà en maître. Elle s'est imposée dans les meilleurs vignobles, les meilleures tables, les meilleures technologies. Son taux de croissance longtemps resté à 2 chiffres a fait miroiter une source de rentabilité déjà bien tarie. Mais qu'importe, plus de flacon, mais l'ivresse fait toujours son effet.

Après Volvo, voici Peugeot qui tombe dans l'escarcelle chinoise. Le lion n'en est toujours pas revenu. Comment les membres de la céleste et conventionnelle famille Peugeot ont-ils pu céder à un chant de sirène aussi funeste?
Déjà, l'ombre chinoise plane sur l'industrie automobile européenne et le Salon de Genève en est une illustration majeure.

Trop longtemps cantonnée dans des carcans écologiques où les moquettes vert d'eau se mêlaient nonchalamment aux voitures sans âme, l'automobile, sous l'influence du petit livre rouge, revient à ses fondamentaux. Bien sûr, il traine encore çà et là, quelques modèles en quête de consommations utopiques et artificielles ou quelques affreusetés glaciales perdues dans les dédales du rêve de l'après-demain, mais il est bon de constater que le coup de pied au cul que donne la Chine aux constructeurs du monde entier est révolutionnaire. Submergés par l'attrait de pépites chères aux financiers avides, les administrateurs ont voté l'implantation massive en Chine, quitte à y perdre leur âme. Peu importe le flacon du moment qu'ils ont l'ivresse. Au point de délaisser quelques marchés jugés moins juteux, donc moins prisés. Le court terme est leur tasse de thé. Et pendant ce temps-là, la sagesse sino-orientale tisse sereinement la toile qui piégera les plus audacieux le moment venu.

Pour l'heure, l'industrie automobile occidentale souffre d'une gestion hasardeuse et de feuilles de route conservatrices. Au point de sombrer dans des abysses financières que seuls, quelques mannes orientales peuvent combler.

Dernière prise de guerre en date: Peugeot! Une leçon de choses sur laquelle la famille Peugeot, les syndicats et l'Etat français seraient bien inspirés de méditer. L'un de nos plus beaux fleurons industriels est tombé dans l'escarcelle chinoise. Ce n'est pas le seul… et ce ne sera pas le dernier. Trop longtemps endormis sur des lauriers fanés par notre arrogance supérieure et notre vision étriquée du futur, nous payons fort le prix de nos errances.
La finance est la reine du monde. En attendant de chuter à son tour dans les turbulences sociales qui ne manqueront pas de déstabiliser son Empire, la Chine investit et impose.
Genève est la plus belle vitrine automobile du monde. C'est à son Salon que se pavanent les plus beaux modèles. Chaque constructeur se doit d'exceller pour rivaliser avec les meilleurs. Ce rendez-vous 2014 est un millésime extraordinaire. Normal, me direz-vous, nous sommes en Suisse… pays trublion libéré de toute contrainte européenne et dégueulant d'argent plus ou moins clean planqué dans des comptes très obscurs. Siège de la Finance par excellence, Genève n'est pas à une hérésie près.

Contrairement au Mondial parisien dont l'aura est aussi pâle que notre taux de croissance, Genève affiche haut et fort ce qui fait qu'une voiture reste un mythe, une vitrine sociale, un concentré de technologie aboutie, une source de plaisirs multiples. Ici, les performances ne sont pas une ode au scandale, les vitesses de pointe, les chevaux, les motorisations généreuses s'affichent sans pudeur et si quelques consommations en baisse amusent certains adeptes, c'est par pure démagogie, histoire de se donner bonne conscience. On sait ici que le pétrole a encore de beaux jours devant lui, qu'il reste de belles réserves pour un bon nombre d'années et que ce n'est pas le tout électrique qui supplantera nos belles mécaniques thermiques.
En 2014, Genève a su s'affranchir des carcans de préjugés faussement écolo qui permettent à quelques ingénus en mal d'existence, de faire illusion à des bobos englués. En 2014, Genève ose mettre en valeur les forces vives de l'industrie automobile. En 2014, Genève crée l'évènement en exposant la plus forte concentration d'automobiles aussi radieuses, séduisantes et puissantes du moment. Il y a bien çà et là quelques savoureux loupés que certains medias osent mettre en exergue et quelques casseroles unanimement reconnues. Mais pour le reste, saluons l'ombre chinoise qui a su redonner à l'automobile, ses vraies lettres de noblesse, celles qu'elles n'auraient jamais du perdre.

Nous vous invitons à une visite du Salon sélective. Rien d'exhaustif, ni de logique, juste des coups de coeur ou de gueule, toujours sucrés salés ou vitriol…

PEUGEOT

En attendant la future 608 dont on sait déjà qu'elle va être en totale rupture avec le conservatisme qui caractérisait le lion sochalien, c'est la famille 308 qui reçoit les honneurs. Première arme de la nouvelle stratégie Peugeot, berline et SW recouvrent en leur âme les nouveaux gènes de la marque. Pour une fois, le titre de meilleure voiture de l'année est amplement mérité. Nous allons prochainement consacrer un nouvel essai de cette belle surprise de la part d'un lion qui, au contact du nouvel investisseur chinois et d'un nouveau patron qui aime l'automobile, va révolutionner la marque.

CITROEN

Pour donner le change au Captur quincaille de Renault, les chevrons dégainent le Cactus. Un style très fun, une allure un brin futuriste et surtout un niveau de finition plus satisfaisant que le Captur, le Cactus ne pouvait que faire mieux sur ce point. Ceci étant, il ne faut pas s'attendre à des miracles. Le niveau demeure en dessous du raisonnable. A confirmer lors du prochain vrai test grandeur nature. On ne parle plus de haut de gamme DS9 ou 10… dommage! Comme quoi les ambitions restent très superficielles.

RENAULT

Une nouvelle fois, Renault passe à côté de l'évènement. Fière de présenter une fausse Fiat 500 affublée d'un losange ou d'une Micra rebadgée, à moins que ce ne soit une 4 CV des temps modernes, l'ex Régie avance sa Twingo 3 à moteur arrière… Ben voyons! Même Fiat n'avait pas osé le faire… Quant à VW et sa Cox, c'est de tout à l'avant. Diable, le temps des Dauphine et autres R8 et R10 est révolu… sauf chez Renault. Après voir fait l'impasse dur l'hybrid, tout misé sur l'absurdité du 100% électric, voici la nouvelle hérésie de Ghosn… le moteur arrière. Nos l'avons dit et redit, cet homme est dangereux. Qu'on se le dise… Et dire que certains confrères voient dans la nouvelle Twingo des relans de R5 Turbo… S'ils avaient vraiment pris possession de la 5 Turbo, même l'idée ne leur aurait pas effleuré l'esprit…

QOROS

Comment ne pas évoquer ce constructeur chinois bien décidé à en découdre avec nos marchés européens? Franchement, si la future production du Milieu ressemble à la Qoros 3, la concurrence a du mouron à se faire. Bien sûr, l'Europe bloquera autant que faire ce peu l'importation de cette voiture digne des meilleures compactes par les artifices douaniers et faussement législatifs que l'on imagine ou que l'on créera à l'occasion. Reste que la Chine saura persuader notre Vieille Europe de certains intérêts…

AUDI

Une fois de plus, le stand Audi en imposait. Il en est de même pour sa gamme avec en vedette le nouveau TT, 3ème génération d'un mythe qui fait toujours autant de ravage dans un segment très prisé. Pas une révolution en soi, mais une judicieuse mise à niveau. Quelques retouches esthétiques histoire de corriger les imperfections existantes et une technologie interne très pointue qui donne au TT en particulier, et à la gamme entière en général, le gros plus qui fait la différence. Quand on sait qu'il y a 40 ans, la marque aux anneaux était quasi moribonde, on mesure le chemin parcouru sous la tutelle du Groupe VW.

BMW

Avec son futur petit monospace traction baptisé on ne sait pourquoi "Série 2", le bavarois complète son catalogue en permettant à de nombreux pères de famille de rouler béhème tout en emmenant femme, enfants et bagages. Nouvelle cible pour BMW qui, à son habitude, répond coup pour coup à ses frères ennemis teutons que sont les anneaux d'Audi et l'étoile Mercedes. C'est ici la Classe B qui est dans l'axe de tir. Quant au X3, il se refait un énième cure de jouvence. Pas facile d'exister entre un X1 sympathique et un X5 devenu en verve.

JAGUAR

Le félin a du plomb dans le cuisseau depuis quelques années déjà. La XJ actuelle étant une erreur de casting, après l'infâme baby jag', cela commence à faire beaucoup et ce n'est pas l'effet Tata qui a amélioré les choses. Comme quoi, quand on donne de la confiture… Ford, puis Tata, on est loin, très loin du prestige de Jaguar. Il semble pourtant qu'un soupçon de relance pointe à l'horizon. Avec XK toujours aussi exquise, mais souvent inaccessible, on attend la ligne XE, une familiale qui devra remettre le félin dans sa course. Vaste défi.

MASERATI

On entre ici dans le sein des merveilles. L'actualité du Trident est intense et l'Alfieri est une splendeur. Cette sportive nous en dit long sur les intentions de l'italien pour reprendre la place qui était la sienne, il y a quelques années. Saviez-vous qu'il y a 50 ans à peine, Maserati appartenait à Citroën?? On se dit que ce jour là, les chevrons avaient une carte majeure dans son jeu, une carte que le constructeur français a gâchée, comme tant d'autres. Après être passée d'escarcelles farfelues en gibecières goulues, Maserati est enfin revenue dans la botte italienne aux côtés de l'ennemie jurée Ferrari sous la houlette de Fiat.

PORSCHE

Aux côtés de la 919 Hybrid, histoire de marquer sa suprématie légendaire dans la compétition automobile, Porsche amplifie son offre avec un Macan qui va faire faire un carton dans de nombreuses sphères dont la préoccupation première est de privilégier le luxe et la performance, avec trois zestes de confort et de nombreux volumes de sportivité. Porsche a su diversifier son catalogue, le plus souvent avec de dangereuses prises de risques, comme le SUV, le diesel, avec une insolente réussite. Une belle leçon de marketing.

MERCEDES

Pour être franc, personne n'imaginait qu'une étoile pouvait aller aussi loin. Déjà, la limousine S en offrait beaucoup, mais avec le Coupé S, Mercedes atteint une réelle excellence. Une des plus belles vitrines technologiques du moment, une sorte de mirage qui donne le frisson dès qu'on l'aperçoit. Il y en a encore qui se demande pourquoi la plupart des clients de l'Hexagone se tournent vers la Germanie pour l'achat de leurs voitures. Franchement, qui peut penser qu'un constructeur qui sait accoucher de modèles comme le Coupé S, ne sait pas fabriquer des voitures beaucoup plus modestes??? Quant au GLA, quelle classe!

NISSAN

Nissan n'a pas encore racheté Renault, mais en conduisant le losange à sa perte, le Président Ghosn y semble y travailler d'arrache-pied. Au bord du gouffre avant de tomber dans le giron de Renault que le japonais siphonne avec zèle, spécialiste du 4x4 et du SUV, Nissan renoue avec les bénéfices et les idées de génie que sont le Qashqai d'une part et le Juke d'autre part, lui redonnent des ailes en redorant son blason. Aujourd'hui, Nissan retrouvent des couleurs et l'élève dépasse le maître. A méditer.

ALFA ROMEO

Quand nous verrons nos constructeurs français proposer à leur catalogue l'équivalence d'un 4C, les poules auront des dents. Chez nous, on ne sait même pas fabriquer correctement une Wind, ce n'est pas pour se ridiculiser sur un créneau 4C dont on sait l'ambition et la performance. Coupé ou spider, le 4C démontre la vitalité de l'industrie italienne que la finance mondiale tente d'assassiner sur l'autel de la fausse crise qu'elle a elle-même organisée. Le Groupe Fiat résiste comme il peut, malgré de sévères attaques en privilégiant sa marque sportive.

VOLVO

Le chinois Geely n'a pas phagocyté le suédois, laissant libre court à l'ADN Volvo, si particulier, si intense. Sécurité, style, sobriété, robustesse… rien n'a été saboté. Au mieux, le Chinois désormais propriétaire de Volvo a-t-il distillé quelques raffinements au cœur du design, quelques détentes au niveau du style. Le résultat est gratifiant à l'image du Concept Estate qui trône en bonne place sur l'Espace suédois. On devrait retrouver l'esprit de ce fabuleux break de chasse sur le prochain XC 90, sans pour autant en découvrir la globalité trop onéreuse. Dommage! Une autre fois peut-être?

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