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édito

21/05/2016

Confidence


par Patrick RENZI

Depuis quelques années, bénéficiant du débarquement opportun des blogs amateurs et de quelques autres sites de passionnés, les constructeurs éloignent peu à peu les vrais journalistes de presse de leurs centres d'intérêt. A la recherche de satisfécits sans bornes de leurs productions, ils écartent les grandes gueules, plus soucieuses de relayer une vérité vraie auprès de leurs lecteurs que de sacrifier à la mode du tout va bien des grandes messes.



Malgré la grogne qui monte de la part de quelques journaleux talentueux, nous sommes, pour le moment, les seuls à défrayer l'omerta. Le process est mesquin. Pour séduire la presse et obtenir de sa part de bons articles, les constructeurs rivalisent d'ingéniosités (invitations prestigieuses, hôtels 4 étoiles, gastronomie de luxe, voyages business, accueil VIP), rien n'est trop beau pour obtenir de la presse ce qu'ils appellent, les bons retours. Et ça fonctionne depuis des lustres... une sorte d'acquis social ! Mais aujourd'hui, gare à ceux qui enfoncent trop le champignon de la critique, car la punition tombe drue. D'abord, bizarrement, les rédactions ne reçoivent plus les invitations. Devant nos interrogations ébahies, on nous explique stupidement que les budgets sont restreints et qu'il faut limiter le nombre d'invités. En fait, quand on gratte et qu'on énerve son monde en posant les questions qui fâchent, on nous avoue que nos rédactionnels étant trop souvent à charge et que les nouveaux blogueurs étant plus maléables, il n'est plus question de nous inviter.... La liberté de la presse est manifestement une subtilité que les directions de communication des constructeurs ont désormais balayé d'un revers de manche.
Pour ce qui nous concerne, nous, qui avons le privilège de figurer sur la liste noire des emmerdeurs publics, nous sommes rayés des cadres chez Peugeot, Ford, Volkswagen, Seat, Skoda, Audi, Kia... et quelques autres et ces idiots n'ont pas compris que cela n'allait pas nous empêcher d'essayer leurs voitures... bien au contraire. Il y a toujours une bonne âme bienveillante au coin de chaque rue...
En fait, tout est affaire de copinage dans les salons des sous-sols parisiens où l'on cause... Et comme au bon vieux temps des noblesses défroquées, chacun y va de sa rumeur, se gaussant des malheurs des uns pour mieux phagocyter le cœur des autres. Le tout arrosé d'un champagne pas toujours de qualité, dont certaines bulles indigestes frisent l'ivresse pathétique d'un groupuscule déchu à dissoudre sans délai dans un verre de vitriol.
Pour ce qui nous concerne et depuis plus de 10 ans déjà, nous avons délibérément décidé de ne pas jouer les lèche-cul. Chez nous, pas de langue de bois, pas d'amitiés surannées, juste la franchise. Nous avouons sans contour considérer qu'une voiture vendue à un client à un prix toujours situé bien au dessus de la valeur réelle, doit être sans défaut. Et notre job n'est pas d'encenser le constructeur en mettant en avant une tenue qui tient la route ou un freinage qui freine, mais de chercher le défaut, l'artifice, le mensonge et chacun sait que ce côté là, les constructeurs sont loin d'être irréprochables, surtout depuis le diesel gate.
A l'heure où l'insolent Groupe Volkswagen a menti délibérément à ses clients et où son responsable français, planqué dans sa tour d'ivoire, n'a aucune envie, ni de s'excuser, ni de réparer royalement les dégâts engendrés par son scandale, les autres, au moins pour partie, ne valent pas mieux. Mitsubishi arrive sur la sellette, rejoint cette semaine par Suzuki... Nissan... et nous n'en sommes qu'aux prémices. Le spectacle est affligeant.
Les constructeurs sont loin d'être vertueux et leur indécence témoigne bien d'une volonté de mentir et de tromper. C'est tout cela que nous devons dénoncer sans pitié au nom du respect de nos lecteurs et des consommateurs bafoués qu'ils sont.
A titre de représailles à l'encontre de notre ligne éditoriale jugée trop acide, certains constructeurs nous ont blacklistés. Nous payons notre insolence que nous revendiquons. Jamais, nous ne tomberons sous le joug de pressions extérieures, qu'elles soient économiques, politiques, sociales ou religieuses. Ca, c'est fait et c'est dit ! Notre vocation est d'être du côté des clients qui déboursent des sommes éhontées pour acheter leurs voitures dont les qualités de fabrication et les prestations proposées sont souvent bien en deçà de ce que les acheteurs sont en droit d'exiger.
Le moment est venu pour nous de réagir et de menacer clairement les services de presse qui suivent les mauvaises pentes. Un service de presse est au service de la presse et non l'inverse. Et pour ceux qui pensent le contraire, nous avons décidé de ramener tout ce petit monde à la raison en portant les dossiers devant les tribunaux. Pour faire bouger les lignes, nos avocats ont décelé quelques points de droit qu'ils nomment rétention d'informations, atteinte à la liberté de la presse et à la probité, conflit d'intérêt, délit de favoritisme... et a priori, la liste n'est pas exhaustive...
Trop de journalistes qui étaient invités hier se retrouvent sur le bord du chemin après avoir assuré correctement la mission d'information qui leur était dévolue. Ceci est intolérable et nous allons frapper fort pour remettre le petit microcosme déshydraté des services presse devenus cellules de communication à la botte du marketing, sur les bons rails de l'information comme cela doit être.
Face à nos menaces de procès toujours délicats à expliquer surtout aux maisons mères étrangères qui ne copulent pas dans les caniveaux puants, certains constructeurs sont déjà revenus vers nous, nous demandant d'oublier certains écarts...  Pour les autres, nous promettons un festival.
Et pour tous, soyez assurés que nous mettrons toujours forces et moyens pour que la vérité vraie soit délivrée à nos lecteurs. C'est aussi cela le vrai journalisme.
 

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