LMA, le portail de l'actualité automobile

Accueil Accueil       Version imprimable Version imprimable          Partager Partager
nostalgie

01/03/2015

Alfa Romeo GTV6 2.5

Un piment sous l'olivier


par Aurélien Arnaud Dos Reis

Deux jours plus tôt, la météo n'augurait rien du bleu immaculé qui m'accueille ce dimanche chez Serge et sa famille. Je grimpe une dernière côte en terre battue avant que n'émerge des pins une bâtisse typiquement provençale. Le mas s'étire sous les vertes aiguilles, au sommet d'une plaine herbeuse baignée de soleil quelque part entre Aix en Provence et le Massif de l'Etoile.



Cette proue incendiaire a tenté de donner un nouvel élan au concept GT. Moderne et racé tout en demeurant fidèle à l'esprit maison, le GTV a du jouer des coudes pour s'imposer.
Cette proue incendiaire a tenté de donner un nouvel élan au concept GT. Moderne et racé tout en demeurant fidèle à l'esprit maison, le GTV a du jouer des coudes pour s'imposer.
Serge est sculpteur. Lunettes de sport sur le nez, il m'accueille avec une tasse de café, tandis que son deuxième fils, Sergio, manie le chalumeau au beau milieu du jardin. Devant lui, l'œuvre prend forme. Il m'aperçoit et nous rejoint.

Je me tiens devant une autre sculpture, celle que Serge a sortie de son box à mon intention. D'emblée, la discussion s'emballe. Je contourne trois fois la voiture pour en prendre la mesure.

Nous procédons à l'inspection en règle et Serge répond à chacune de mes questions avec la patience typique du passionné. D'origine italienne, il a toujours aimé la mécanique, qu'elle soit belle ou non. Alfa, pour lui, c'est avant tout l'histoire d'un coup de coeur. Celui qu'il a ressenti dans les années soixante à la découverte du fameux coupé Bertone, nom scientifique: Giulia GT.

Ce n'est qu'en 2013, lorsque son plus grand fils jette son dévolu sur une Alfetta GTV 2.0 que Serge se décide à franchir le pas. Pour lui, ce sera six cylindres.
 

Le nouveau style Bertone désormais Italdesign n'avait pas convaincu les puristes toujours très attachés au GT dont l'aura demeure encore aujourd'hui.
Le nouveau style Bertone désormais Italdesign n'avait pas convaincu les puristes toujours très attachés au GT dont l'aura demeure encore aujourd'hui.
LA VOITURE

C'est pour remplacer le coupé Bertone que la direction d'Alfa décide de concevoir à la fin des années 1960 un nouveau modèle à vocation sportive. Le cahier des charges est particulièrement fourni. Au menu : un coupé quatre places disposant d'une habitabilité généreuse, d'un gabarit et d'un poids contenu. Le tout devant accueillir une architecture innovante.

Serge a été attiré par une condition plus qu'une puissance. Il recherchait l'occasion propre, celle qui ne le conduirait pas à l'atelier chaque matin. Il a donc privilégié une caisse vierge de rouille, d'origine (ou presque, les jantes ne vous auront pas échappées), et qui ne dormait pas dans un garage la moitié de l'année. Lorsqu'il est tombé sur cette version V6, il n'a pas hésité longtemps.

Sur le papier, le GTV6 2.5 délivre donc 160 ch à 5600 tours par minute tandis que le couple maximum de 213 Nm est disponible vers 4000 tours. La zone rouge quant à elle débute à 6300 tours.
 

Ca sent bon le plastique dur et les compteurs multiples, sans oublier quelques effluves d'essence. Toute une époque.
Ca sent bon le plastique dur et les compteurs multiples, sans oublier quelques effluves d'essence. Toute une époque.
A BORD

A mon tour, je m'insère dans l'habitacle et immédiatement, le charme désuet opère. Ici, l'ingénieur, c'est le designer. Je pénètre dans l'esquisse de Giugiaro, vierge de toute intrusion contraignante dictée par la fonction. Mon mètre quatre-vingt-huit trouve sa place très bas sur les superbes sièges en velours. Ils sont très fins, c'est surprenant et non sans rappeler ceux de la 4C, petite dernière de la marque au trèfle, si bien que je suis assis bas dans la caisse. Je dois reculer l'assise de plusieurs crans pour être à l'aise, ce qui sacrifie presque les places arrière, mais la position est agréable. Je verrai plus tard ce qu'il en est derrière le volant.

Nous partons, direction la montagne Sainte Victoire, muse éternelle de Paul Cézanne. A bas régime, la sonorité est plus feutrée que ce à quoi je m'attendais. Un bourdonnement sourd résonne sans vibration dans l'habitacle particulièrement lumineux. Le soleil traverse les grandes surfaces vitrées pour souligner chaque détail. Ils sont nombreux, à l'image de la farandole de manomètre qui court sur le tableau de bord. Superbe.
 

Les sièges habillés d'un velours élégant sont superbement dessinés et leur maintien est réel.
Les sièges habillés d'un velours élégant sont superbement dessinés et leur maintien est réel.
Au volant, on hausse le rythme et passé 4000 tours, l'échappement donne de la voix. Les mouvements de caisse sont également bien contenus avec un roulis très minime, seul le tangage est moins bien géré au freinage mais à dire vrai, je ne m'attendais pas à tant de rigueur. Parfois, une effluve chargée d'essence passe sous notre nez, le genre de petite attention dont les voitures modernes ne vous gratifient plus.

Nous stoppons dans les terres rouges sur la route de Beaurecueil pour une petite séance photo avant d'échanger nos places. La belle s'étire sous l'azure, elle semble dans son élément.

Je m'installe derrière le splendide volant " tulipe " gainé de cuir. Plus encore à mes yeux que l'original, en bois. Il s'ouvre, comme une invitation à empoigner sa jante fine. Je ne me fais pas prier. Première, ça craque un peu. Le débattement du levier est important mais juste assez pour vous resituer le contexte. Rien à voir avec les manches à balai qu'il est fréquent de trouver sur certaines concurrentes de l'époque. C'est une voiture à piloter, pas le contraire. La direction non assistée veille à ce que vous compreniez bien cela avant de vous lancer. Deux mains ne sont pas de trop pour faire le boulot en manœuvres.
 

Les 160 chevaux que délivre le V6 ne sont pas de trop pour bousculer l'embonpoint de la bête et c'est haut dans les tours que l'on trouve le vrai plaisir des sens.
Les 160 chevaux que délivre le V6 ne sont pas de trop pour bousculer l'embonpoint de la bête et c'est haut dans les tours que l'on trouve le vrai plaisir des sens.
Sur la route, c'est un plaisir brut. Je suis avant tout étonné par la souplesse du moteur. Je ne devrais pas car le V6 est un exemple reconnu en la matière mais tout de même! Passé 2500 tours, ça relance sans broncher et la réserve de couple est suffisante pour cruiser sans traîner. Point de trou à l'accélérateur ; la réponse des gaz est immédiate. Ca rugit, on tremble un peu et l'aiguille du compte-tours s'échappe avec célérité, me gratifiant d'une accélération plus sensationnelle que décoiffante. L'Alfa n'est pas lente, bien au contraire, mais ce n'est pas non plus une hypersportive, elle est là pour distiller du plaisir, et je conçois ce dernier avec clairvoyance. Et puis la machine demande une certaine habileté au freinage.

Cependant, la vraie bride du GTV6, c'est son poids. Bien que dans les faits, elle ne soit pas plus lourde qu'une Peugeot 207, le train avant est à la peine dans les courbes et les enchaînements. L'inertie du V6 se fait sentir et l'auto sous-vire largement à l'inscription si l'on entre trop vite à la corde. Il faut prendre le temps de la placer au freinage et la motricité sans défaut permet de remettre les gaz assez tôt.

C'est sur le chemin du retour que je prends la pleine mesure de cette voiture attachante. Pas besoin de la cravacher pour en tirer le meilleur. Elle est à l'aise dans un flux de force tranquille. Sachant sprinter, ce n'est pas là son point fort. La dureté des commandes n'est pas handicapante, tout juste une habitude qui revient au galop. Après vingt kilomètres, je n'y pense même plus, trop occupé à profiter du caractère docile et enivrant de cette auto si spéciale. Elle est une GT, une vraie, spacieuse, confortable et performante. Mais surtout, c'est une mécanique; une architecture noble et une débauche de moyens au service de l'agrément de conduite.
 

Beaucoup plus taillé au scalpel que son prédécesseur, le coupé GTV se voulait plus moderne. Quel talent!
Beaucoup plus taillé au scalpel que son prédécesseur, le coupé GTV se voulait plus moderne. Quel talent!
Nous avons mis l'Alfa à l'abri. Serge me propose un thé quand je pense à lui demander des précisions sur sa consommation en sans plomb. "Aucune idée. Je ne surveille que celle de l'huile" élude-t-il. Tout est dit, la GTV se conduit, on la surveille comme un enfant et elle vous suivra longtemps. Dans le jardin, Sergio examine sa création, un masque de soudure sur la tête. J'apprends que père et fils se préparent pour le Frac de Marseille. Ils exposeront ensemble et je me dis que l'Alfetta a de beaux jours devant elle.

Photos Caroline Feraud

Notez

édito | les news en live | focus | essais | les coups de Massu | reportages | nostalgie | éco green | évasion | biblio | kiosque


le magauto magazine automobile